Mayra Oyuela, Honduras, 1982, es una poeta y editora a quien Portante nos presenta en sus propios versos traducidos por él al francés, y a quien podemos leer también en su idioma materno, el español.

Mayra Oyuela

Tegucigalpa, Honduras, 1982

Poeta y gestora cultural, actualmente es co-editora del sello editorial Casasola editores y dirige la revista de Cultura y Política Lastiri.

Ha publicado los poemarios: Escribiéndole una casa al barco, Ediciones Il Miglior Fabbro; Puertos de arribo, Casa de Poesía, Costa Rica.

Algunos de sus trabajos aparecen en diferentes revistas y antologías entre estas destacan: Poesía Andante, Editorial Pez Dulce, Tegucigalpa, 2017;  Nueva poesía contemporánea, Buenos Aires, Argentina;  4M3R1C4: Novísima poesía latinoamericana, 2010; Cantos de Sirenas, compilación iberoamericana de poesía femenina 2010, México;  Puertas abiertas, Antología de poesía centroamericana, Fondo De Cultura Económica (FCE) de México; Antología iberoamericana, Barcos Sobre el Agua Natal, México/España 2013.

MAYRA OYUELA

Mayra Oyuela est née à Tegucigalpa, au Honduras, en 1982. Elle codirige les éditions Casanola Editores et est directrice de la revue Cultura y Política Lastiri. Nouvelle voix de la poésie féminine du monde ibéro-américain, elle a à son actif deux recueils de poésie, dont Puertos de arribo (Ports d’arrivée) publié au Costa Rica. Ses poèmes ont paru dans de nombreuses anthologies latino-américaines, notamment à Buenos Aires où ses textes figurent dans la compilation Nueva poesía contemporánea.

Que l’eau emporte la déshumanisation de ces années

l’absence

la gorge des monstres

que j’ai embrassés dans mon inquiétude.

Qu’elle vienne et lave

les dents de l’enfance perdue

les restes d’ongles

l’impatience.

Qu’elle humidifie les douleurs empilées

qu’elle abatte le sable de mes tendons

qu’elle fasse vieillir les pas de ma mémoire

et permette qu’entre un sifflement de vent transi

un vent qui passe poser un baiser

sur les fleurs fanées des sépulcres.

Que l’eau fasse des graphies de petits miracles

qu’elle frôle l’étroitesse de mes mains

et les cavités vides de mes yeux vaincus.

Que l’eau coupe d’une entaille

l’exercice de la distance

que ce soit à cette eau aveugle d’engendrer

des morts distraits par une fleur

qu’aucun spasme de lumière

ne cesse de mordre.

Que ce soit à cette eau daltonienne de vaincre la mort

de faire fougueusement

les bibliographies des trottoirs où je suis morte.

Une eau avec des nausées

engrossée par le sablier d’un temps humide.

Une eau qui ne sache rien des bulles

qui ne sache rien de la solitude.

Une qui comprenne qu’ici

rien n’a jamais été de trop.

Une qui se déshabille et qui en tournant les yeux

puisse hanter la fibre de mes os

la décadence de mes vêtements naufragés

la sottise de me sentir vivante

dévastant la cordillère de l’immensité.

Une eau qui veuille me noyer

une qui habite dans la maison que j’ai parcourue

sans savoir à quoi bon.

Une eau que tragiquement j’ai fait mienne

dans une fièvre qui a ébloui mes pas

et tracé des lignes distinctes à mes pieds.

Une eau qui sache boire d’un soleil en friche

qui ait faim de sang profond

le moins beau de tous les sangs

le moins banal de tous les sangs

le plus imparfait

le plus nu

le plus rebelle.

J’ai vu une femme émerger de la pierre

J’ai vu une femme émerger de la pierre

j’ai vu la pierre émerger de la femme

j’ai vu sa fureur de terre

sa fuite de sable

son déversement de vent nostalgique.

J’ai vu la distance entre les deux

l’abîme des siècles

la grimace tordue dans le coup sec

des confins.

J’ai vu le tourment,

le cycle d’un monde jailli de la terre.

Mais la pierre qui jaillit d’une femme

sait vaincre les masses de temps qui l’angoissent

sait poncer la foi de l’eau qui laboure la fente.

Pour que saigne la pierre

il faut que saigne d’abord la femme

pour que saigne la femme

il faut d’abord qu’elle mange de la terre

sa particule la plus imparfaite

pour ainsi accoucher d’hommes humides

qui surgissent de sa poussière.

Ahmad Al-Shahawy

En moi les eaux qui coulent dans la ville :

eau souterraine

eau éthérée

eau qui délave les pas des mouettes

eau éternelle qui laboure la roche

eau diffuse

eau qui brise les eaux.

Eau dramatique

eau qui mange la poussière

eau qui traverse des dos

eau qui tatoue des fleurs sur les mains

eau qui déborde.

Eau qui nettoie la boue de mes bottes

eau sale qui lèche la solitude.

Ici toute l’eau

eau des peurs

des noyades

des ténèbres.

Eau saumâtre

eau définitive

rien que de l’eau.

Eau bleu clair

eau qui anéantit et se boit elle-même

eau simplement

eau à peine

eau vivante

eau morte.

Eau qui saigne de l’eau.

La vie a duré ce que dure un verre froid

en sortant du congélateur.

La mort est une solitude qui ne se guérit pas.

Parfois les choses tristes nous rappellent que nous sommes passage,

que nous sommes possibilité de dialoguer avec le silence,

que nous sommes conflit.

La mort est un applaudissement solitaire au cinéma

elle nous avertit qu’il faut aller au-delà des mots

au-delà des haut-parleurs de la nostalgie.

La mort est un colibri qui voit tout au ralenti

et le monde comme tel est autre chose,

est une eau pleine de fureur

poussant avec tendresse

la barge au bord de l’abîme.

La mort nous découvre d’autres morts

avec lesquels nous devons apprendre

à continuer de vivre.

Ta foi est un oiseau malade

Les miettes de pain que tu lances au ciel

pour donner à manger aux dieux

n’ont pas eu de réponse.

Dieu est mort affamé dans chacun des hommes

que tu déshabilles avant de partir.

Le ciel est un exil où échoueront

tous les oiseaux d’acier qui peuplent ta mélancolie.

Ta foi est un oiseau malade

ton silence est un oiseau malade,

ton éclatement est la chute d’un oiseau malade.

Maintenant tu entreprends l’exode

aveuglée d’amour

répandant de la tempête

avec tes yeux de pierre sombre

qui sèment de la solitude où qu’ils regardent.

Ton corps est la chambre d’un automne infatigable

où repose le vent des angoisses,

où les prières sont des feuilles mortes

tombant invariablement

sur une niche de chimères.

Ton chant est le chant que les amoureuses

fredonnent dans leurs rêves.

Ton chant est le chant d’un oiseau mort

que chante la mort même.

Quelle belle vie depuis une fenêtre

belle pour voir l’abîme.

Une fenêtre bleue

escamotable, petite et sale.

Une à emporter dans la poche

et faire sortir les hauts plateaux d’amours que je retirerai.

Une fenêtre étroite pour voir le soir

l’emplacement vide où j’ai grandi,

l’épidémie des jours d’amour et autres saletés.

Une fenêtre de craie pour dessiner sous le lit

et sauter dans les couloirs étroits de mon enfance.

Une fenêtre bleue,

une pour que le soir vomisse

le soleil qui brûle dans mes pupilles.

Une fenêtre,

une fenêtre pour voir la pluie tomber

et les corbeaux qui enveloppaient mes yeux dans l’obscurité.

Une fenêtre,

une fenêtre sans cadre, sans paroi et sans maison.

Une fenêtre

une,

pour oublier que je suis vide.

Maintenant que tout est hiver

maintenant que la mélancolie corrode l’échelle de l’incertain

maintenant que nous échouons dans l’intime

et que le café a été cendre froide

que portaient à leurs pieds les astronautes.

Un amandier feuilli est ma mémoire

nichée en lui toute cette lumière qui nous habite.

Sable invaincu est mon corps

et sur lui

n’arrivent pas les vents

qui dissolvent les pas.

Ici le miracle du retour n’existe pas.

Ici, seule l’humidité d’un tronc échoué.

Ici, seul le salpêtre collé aux persiennes.

Ici, la brise qui lave tendrement

la barque qui serre mes poumons.

Ici, toutes les nuits

un baiser humide de labyrinthes

me ferme les paupières.

Baleine de sel

À Ezequiel Padilla

Une baleine de sel est apparue morte

sur la Place Centrale de Tegucigalpa.

Personne ne sait rien.

L’expectative à porte fermée

et la peur comme une pierre tordue dans la main

se précipite sur le crépitement des pas.

Fusils épointant les espérances,

mots quantiques mesurant les injustices.

S’est levé un triangle de Hun sur la place

et perfore hébété le cri glacial de la foule.

Une substance violente rôde aux angles des rues,

des hommes verdâtres avec des bombes avaleuses de mots

remplissent les besaces du désespoir,

conte ordinaire pour commencer le jour.

Seulement six blessés, a pronostiqué le journal :

personne n’a rien vu, personne ne sait rien.

Et la baleine de sel devenue pierre

par l’impuissance des visages qui toujours regarderont ailleurs.

1

Que el agua se lleve la deshumanización de estos años

la ausencia

la garganta de los monstruos

que besé en mi inquietud.

Que venga y lave  

los dientes de la infancia perdida

los restos de uñas

la impaciencia.

Que humedezca los cúmulos del dolor

que derribe la arena de mis tendones

que deje envejecer los pasos de mi memoria

y permita entrar un silbido de viento aterido  

un viento que pase besando

las flores marchitas de los sepulcros.

Que el agua haga grafías de pequeños milagros

que roce la estrechez de mis manos

y las cuencas vacías de mis ojos vencidos.

Que el agua corte de un tajo

el ejercicio de la distancia

que sea un agua ciega la que engendre

muertos distraídos por una flor

que aún no acaba

de morder un espasmo de luz.

Que sea esta agua daltónica la que venza a la muerte

la que impetuosamente

haga bibliografías de las aceras donde morí.

Un agua con náuseas

preñada por la clepsidra de un tiempo húmedo.

Un agua que no sepa de burbujas

que no sepa de soledad.

Una que entienda que acá

nunca nada sobró.

Una que se desvista y al girar los ojos

pueda rondar la fibra de mis huesos

la decadencia de mis vestidos náufragos

la estupidez de sentirme viva

devastando la cordillera de la inmensidad.

Un agua que me quiera ahogar

una que habite la casa que deambulé

sin saber bien por qué.    

Un agua que trágicamente hice mía

en una fiebre que deslumbró mis pasos

y marcó líneas distintas en mis pies.

Un agua que sepa beber de un sol baldío

que tenga hambre de sangre honda

la menos bella de todas las sangres

la menos trillada de todas las sangres

la más imperfecta

la más desnuda

la más rebelde.

2

Vi a una mujer emerger de la piedra

vi a la piedra emerger de la mujer

vi su furia de tierra

su fuga de arena

su derrame de viento nostálgico.

Vi la distancia entre ambas

el abismo de los siglos

la mueca torcida en el golpe seco

de los confines.

Vi la tribulación,

lo cíclico de un mundo brotado de la tierra.

Pero la piedra que brota de una mujer

sabe vencer las masas de tiempo que la acongojan

sabe lijar la fe del agua que labra la hendidura.

Para que sangre la piedra

primero debe sangrar la mujer

para que sangre la mujer

primero debe comer de la tierra

su partícula más imperfecta

y así parir hombres húmedos

que surjan de su polvo.

3

   «y olvido el agua del primer instante»

                                                                                  Ahmad Al-Shahawy

En mí las aguas que recorren la ciudad:

agua subterránea

agua etérea

agua que desdibuja los pasos de las gaviotas

agua eterna que labra la roca

agua difusa

agua que rompe en aguas.

Agua dramática

agua que come polvo

agua que recorre espaldas

agua que tatúa flores en las manos

agua desbordada.

Agua que limpia el barro de mis botas

agua sucia que lame la soledad.

Acá toda el agua

agua de miedos

de ahogos

de tinieblas.

Agua salobre

agua definitiva

tan sólo agua.

Agua zarca

agua que aniquila y bebe de sí misma

agua simplemente

agua apenas

agua viva

agua muerta.

Agua que sangra agua.

4

A: Francisco Ruiz Udiel

La vida duró lo que dura un vaso frío

al salir de la nevera.

La muerte es una soledad que no se cura.

A veces las cosas tristes nos recuerdan que somos tránsito,

que somos la posibilidad de dialogar con el silencio,

que somos conflicto.

La muerte es un aplauso solitario en el cine

y nos alerta que hay que ir más allá de las palabras

más allá de los altavoces de la nostalgia.

La muerte, es un colibrí que ve en cámara lenta todo

y  el mundo como tal es otra cosa,

es un agua llena de furia

empujando con ternura

la barcaza a la orilla del abismo.

La muerte, nos descubre otras muertes

con las que debemos aprender

a seguir viviendo.

5

Bendita

Bien pudiste ser Helena

liderar naufragios,

enloquecer hombres

hasta hundirlos en la cama de algas de tu vientre.

Bendita eres entre todas las mujeres

Bendita la zarza que te quema el vestido,

bendito el nylon que cosés en las sombras,

bendito el grano que pesaste  

mientras se te hizo tarde para jugar.

¿Y si trasladamos la sal de tus pies por otros continentes?

Otra sería la luz que engordara tu ventana.

¿Y si por apellido te hubiesen dado quizás el Dietrich?

Cantarías como loca a la cordillera,

a la sal que amoldas como flor de invierno

blanca como la nieve que nunca viste.

Vos que nunca supiste de Rubens y sus mujeres

vos que ignoras una torre de Pizza,

un bello sari en Estambul,

un beso de pasión en una sala de cine.

Pero qué bien compredés el silencio

y qué bien sobrevivís a la historia

y aunque nadie conozca tu nombre

sabes más de la soledad que un monje del Tíbet.

A ver  mujer, repítete:  

Non omnis moriar,

Non omnis moriar.

Nunca morirás del todo

¡Nunca!

Porque la zarza que hace arder tu vestido

también hará arder

la sal del mar que sostiene tu corazón.

6

Y Dios no ha de mirar, que Dios no mira

la agonía del pájaro

               Rosario Castellanos

Tu fe es un pájaro enfermo

Las migas de pan que lanzas al cielo

para dar de comer a dios

no han tenido respuesta.

Dios ha muerto famélico en cada uno de los hombres

que desvistes antes de partir.

El cielo es el exilio donde van a dar

todos los pájaros de acero que pueblan tu melancolía.

Tu fe es un pájaro enfermo

tu silencio es un pájaro enfermo,

tu estallido es la caída de un pájaro enfermo.

Ahora emprendes el éxodo,

ciega de amor

fluyendo tempestad

con tus ojos de piedra oscura

que siembran soledad donde quiera que miran.

Tu cuerpo, es la recamara de un otoño incansable

Donde reposa el viento de las angustias,

donde las oraciones son hojas secas

cayendo invariables

sobre un nicho de quimeras.

Tu canto, es el canto que las enamoradas

tararean en sus sueños.

Tu canto, es el canto de un pájaro muerto

que la misma muerte canta.

7

Ama

No hay Casandras al fondo de tu vaso,

no hay Malinches,

ni amazonas sigilosas atravesándote la espalda.

No es Alfonsina la que vendrá,

para llevarte de la mano

al mar suicida de los amorosos.

No es Lot y su mujer los que te besan

con besos de sal en la nuca.

No es maría magdalena despertando en tus instintos,

no fue Eco la que lloraba en tu ventana a Narciso

y las Erinias jamás vengaron las lágrimas que derramaste por él.

Vos ama y autora única de tu destino

no vestirás de Ofelia,

incorregible,

maquillada,

apagando el fuego de una escena a otra.

Vos, única ama y autora de tu destino

no encenderás velas a Sor Juana Inés de la Cruz

rogando por él,

por el descanso eterno de sus abrazos,

los que nunca has pedido.

De sus palabras amordazando

la inquietud de tu silencio.

No será de la reina María Isabel ese vestido

que cosés a retazos

es para otras Marías

otras,

como vos

llenas de gracia y de desgracias.

8

Qué bella la vida desde una ventana

bella para ver al abismo.

Una ventana azul

retráctil, pequeña y sucia.

Una para cargar en el bolsillo

y dejar salir los altiplanos de amores que dimitiré.

Una ventana angosta para ver por las tardes

la locación vacía donde crecí,

la epidemia en los días de amor y otras porquerías.

Una ventana de tiza para dibujar bajo la cama

y saltar por pasillos angostos de mi niñez.

Una ventana azul,

una para que vomite la tarde

el sol que arde en mis pupilas.

Una ventana,

una ventana para ver caer la lluvia

y los cuervos que envolvían mis ojos en la oscuridad.

Una ventana,

una ventana sin marco, sin pared y sin casa.

Una ventana

una,

para olvidar que estoy vacía.

9

Ahora que todo es invierno

ahora que la melancolía corroe la escalera de lo incierto

ahora que fracasamos en lo íntimo

y el café fue ceniza fría

que llevaron en sus pies los astronautas.

Un almendro frondoso es mi memoria

anidada en él está toda la luz que nos habita.

Arena invicta es mi cuerpo

y sobre él

no acuden barloventos

que disuelvan tus pasos.

Acá no existe el milagro del retorno.

Acá, sólo la humedad de un tronco encallado.

Acá, sólo el salitre pegado a las persianas.

Acá, la brisa que lava tiernamente

la barca que aprieta mis pulmones.

Acá, todas las noches

un beso húmedo de laberintos

me cierra los párpados.

10

Ballena de sal

                                                       A  Ezequiel Padilla

Una ballena de sal apareció muerta

en la Plaza Central de Tegucigalpa.

Nadie sabe nada.

La expectativa a puerta cerrada

y el miedo como piedra torcida en la mano

se abalanza sobre el crepitar de los pasos.

Rifles despuntando esperanzas,

palabras cuánticas midiendo injusticias.

Se ha levantado un triángulo de huno sobre la plaza

y perfora a cuadros el grito glacial de la multitud.

Una sustancia violenta ronda las esquinas,

hombres verduzcos con bombas tragapalabras

llenan alforjas de desesperación,

cuento común para empezar el día.

Sólo seis heridos pronosticó el diario;

nadie vio nada, nadie sabe nada.

Y la ballena de sal vuelta piedra

por la impotencia de rostros que siempre serán ajenos.    

11

Orillas

Era el pasado un tren sin rumbo

llevaba por embestida

la pólvora que en los ojos de mi padre

apuntaba a su propia soledad.

“El hombre nace para contemplar

la tierra, la cosecha, los hijos

y todas las mujeres iniciadas en ese arte llamado amor”

Quizás mi padre en sus propio afán,

rasgo la tierra, mordió la cosecha,

creyó que sus hijos eran un sueño

y amó a todas y cuantas carabelas

que en su navegar pausado llegaron a su orilla.

Mi padre, de manos resueltas como arena

de dejó trepar por unas caderas imprevistas

que lo preservaron en sal,

pero la penumbra es blanca y negra

y se amarillenta con la soledad.

Mi madre guarda a escondidas de él, una foto

donde aún emerge lo clandestino de su propia ética.

Ambos ausentes ya de efervescencia,

andan los pasos tersos por tanto roce con las despedidas.

Se ven,

a tientas parpadean un Morse de amor náufrago,

pero hoy ya es martes

y hace cuarenta años

que mi padre no ve el mar.

12

Tranviaria

Llevo al mundo como pendientes en mis orejas,

rozo con mis pestañas a los desconocidos,

beso manos de transeúntes

(hormigueo en los labios).

Que alguien me aborde,

soy el metro que esta ciudad jamás conoció,

atrevidos en mí todos los años,

en mí el transcurrir,

en mí la palabra ventrílocua de cada estación,

en mí la espina y el diente que muerde la rosa de lo oculto.

Mis muertos no son sombras raídas en la luz.  

Que alguien me aborde,

sé cuál es el principio y el final de este cuento.

Que alguien suba y se detenga en mí,

mis ojos son túneles que dan a cualquier lugar,

mis manos paredes para reposar en lo oscuro,

mis brazos sillones para que vengan a hacer el amor.

Roto ya todo lo íntimo en mí,

he de saberte andar, mundo,

con los puños cerrados en señal de auxilio y no de defensa,

cerrados para llevar en ellos el resto de aire

que no supo caber en mis pulmones.

En la imperfección esta lo bello.

No necesito ser el poeta sino el poema,

la belleza está por encima de la lógica de cualquier poeta.

Necesito andarte despacio camino,

no me detengo en el asombro de saber llegar mundo:

En tus barrios, tatuadas están las paredes de calcárea sumisión,

en tus barrios fue donde aprendí a defender el descenso.

Soy el metro que esta ciudad jamás conoció;

en mí las volantes con fotos de desaparecidos,

en mí túmulos de palabras que alguien no supo barrer bajo la alfombra,

en mí el transcurrir.

Que nadie venga a preguntar porque no te describo esperanza,

yo hablo de eso otro bello, que no está en lo bello.

Abórdenme predicadores de la tarde,

zanates, pirueteros, estudiantes: no olviden el punzón

y escriban en la oquedad de mis vagones

teléfonos para citas de amor,

DJ, bartenders y todos con título de extranjerismo en su profesión,

suban carniceros del San Isidro, conserjes y putas,

albañiles vengan a devolver la sonrisa

a las princesas de los domingos.

Mujeres: describan con su carmín la caricia que no les tocó,

suban, fresitas de las high school, madres solteras, suicidas,

docentes, vengan a traficar perfumes traídos del Canal de Panamá,

vengan a abordarme, en mí el transcurrir, todos los años,

el suspenso del que anda a tu lado, a pesar de su humanidad.

Sé quién soy,

basta una palmada en el hombro

y retorno a mis pies nauseabundos de sueños,

basta una palmada en el hombro

y retorno a mí

al anonimato,

a la flatulencia, a la humana que soy.  

¡Abórdenme!!!!!!

soy el metro que esta ciudad jamás conoció,

vengan y calcen mis pies

ya que nunca podrán calzar mis zapatos.